MÉMOIRES POLICIÈRES

Bérengère: l'enfer du 13/11/2015

Primo intervenante lors des attaques du 13/11/15 à paris

Bérengère, fonctionnaire de police à Paris, témoigne sur les attaques du 13 novembre 2015, en tant que primo-intervenante.

« Imaginez-vous que ma journée commence comme toutes les autres … ».

Je prends du plaisir à aller travailler, je passe mon début de vacation dans une bonne ambiance avec mes collègues.Puis, viens le moment sympa de la pause repas où tout le monde décompresse, même si un tel mot prendra tout son sens bien plus tard.On glisse même quelques petites phrases avec légèreté : « On sait forcément que ça va péter un jour, reste à savoir quand ?! ».

Je me revois alors chef de bord, avec seulement mes 3 ans d’ancienneté, entendre ces mots à la radio : «URGENT! Des coups de feu entendus rue de la fontaine au roi ».

Il n’aura fallu que quelques instants pour réaliser que ce n’était pas une simple mission habituelle.Me voilà alors, jeune femme de 27 ans, originaire de mon petit Sud-ouest paisible, avec mon caractère assuré, mon reste d’insouciance et ma part de folie, embarquée dans un événement qui va me dépasser et changer pour toujours ma vision de la vie.

Je revois mon chauffeur appeler sa femme pour lui dire qu’il l’aime et qu’il embrasse ses filles, mon équipier appeler sa mère tout en lui demandant de ne pas allumer la télé et je me souviens, avec du sang froid et en même temps une angoisse dissimulée, avoir passé un appel furtif à mon frère pour lui dire de rester cloîtré chez lui.

Juste quelques secondes pour penser à sa vie personnelle avant de totalement l’abandonner pour son professionnalisme.Étrange sensation que de se précipiter à un endroit que chaque personne s’efforce de fuir par tous les moyens…Tous les trois, on se promet alors une chose « On part ensemble on rentre ensemble ».

J’apprends alors sur le tas à gérer l’événement à l’instinct, à faire comme si je l’avais fait des centaines de fois.J’avance en ayant l’impression d’être détachée de toute émotion et je m’interdis, à ce moment-là, de me voir autrement que comme un Gardien de la Paix.Les heures passent, l’événement « redescend » et ma sensibilité de femme resurgit, me submerge.

Plusieurs pensées s’entremêlent : « Pourquoi n’ai-je pas choisi un métier dans un bureau où à 22h00 je pourrais être chez moi avec mon compagnon ?Je ne veux pas mourir à 27 ans, je ne suis même pas mariée.

Je n’ai pas choisi ce métier pour risquer ma vie.On a beau dire qu’on en est conscient, réellement ce soir-là j’ai compris ce que voulait dire l’expression « se voir mourir » et il était hors de question de finir ma vie seule en uniforme « au coin d’une rue ».

Je me souviens même avoir dit cette phrase à mes coéquipiers « Regardez-moi dans les yeux, là, maintenant je vous le dis, je quitte la Police ».

"Être une femme dans ce métier n’est pas chose aisée, mais cette nuit-là j’ai eu la preuve que l’uniforme nous aide à balayer notre fragilité et nous met tous sur le même pied d’égalité.
Je peux même aller jusqu’à dire que cette tenue bleu marine nous porte, c’est elle qui nous a fait avancer.

Ce 13 novembre m’a parfaitement illustré ce que signifiaient les mots solidarité, famille et confiance."
Je ne suis pas rentrée dans la Police pour vivre des instants comme cela, mais forcée d’avouer qu’on ne m’a pas laissé le choix.
Alors chaque jour je me convaincs que mon métier ne se résume pas à cette nuit-là, elle reste l’exception et mon quotidien la réalité.

« Réalisez bien, que chaque Gardien de la Paix, homme ou femme, est porté par le devoir, l’engagement et la loyauté.
Ces valeurs profondes font que si ce cauchemar venait à se reproduire, malgré l’angoisse,le risque et les conséquences, vous serez certains de nous y trouver. »

Comme le souligne si bien Bérengère, un policier, est un homme, une femme qui vit et subit aussi les mêmes souffrances que le citoyen, mais qui en plus, doit les gérer et les régler.

Bérengère, Police secours, Préfecture de Police de Paris