L'association a décidé de mettre à l'honneur ses membres en leur réservant une page spéciale, afin de leur rendre hommage pour leur action au cours d'une intervention de police importante, ayant mis en danger leur vie ou ayant agit de manière héroïque au cours d'une mission de police.

NOS PORTRAITS

Membre d'honneur: xavier

Xavier, membre de 911-17, l'un des policiers impliqués dans cette affaire

Le 05 septembre 2008, Xavier, un de nos membres, en compagnie de ses collègues, fut le témoin d'une incroyable et dangereuse course poursuite avec des voyous du grand banditisme. Au terme d'une dangereuse course poursuite ponctuée de nombreuses fusillades, l'un des malfaiteurs est abattu.

Xavier est présent dans l'association depuis sa création, en est un véritable pilier, ce qui fait de lui un membre d'honneur, au terme de l'Assemblée Générale 2020.

Priay, 5 septembre 2008

« On s’est vu mourir. C’était pas un jeu mais la réalité », témoignait, hier, Georges, un des policiers qui ont participé à la course-poursuite et à la fusillade du 5 décembre 2008 entre Bourg-en-Bresse et Priay. « Il n’y a pas une semaine où on n’y pense pas. Personne n’est préparé à vivre ça. Nous n’étions pas à armes égales. »

Et pour cause, ce jour-là, une patrouille de trois policiers avait voulu contrôler une Audi RS3 aux fausses plaques. Sans qu’ils le sachent, elle était surveillée discrètement par la police judiciaire lyonnaise.À son bord, Alain Arnoldi, braqueur multirécidiviste, libéré en conditionnelle un an avant pour une grave maladie, et Fred Dramé, lui aussi braqueur patenté, libéré quelques mois avant. Le duo montait au braquage pour financer la caution de deux truands arrêtés en Espagne. Et il était lourdement armé.

Une course-poursuite s’engage sur la D 936 avec la voiture de police et deux motards. Le compteur dépasse parfois les 200 km/h. À Montracol, la voiture des malfrats en percute une autre. Dramé braque un automobiliste et s’empare d’une Nissan Micra. Arnoldi tire en direction des policiers. Puis la chasse reprend à travers la Dombes jusqu’à Priay. Par la vitre arrière éclatée, Arnoldi tire encore ou tient les policiers à distance .À Priay, leur voiture est prise au piège dans une impasse.

Au volant, Dramé force le passage, blessant deux policiers, avant de tenter de braquer deux automobilistes. Puis c’est la fuite à pied, Arnoldi insultant et menaçant de mort les policiers tout en tirant. Jusqu’à l’arrière-cour d’une boulangerie. Dramé s’éclipse et se cachera tout l’après-midi avant d’être arrêté. Arnoldi, lui, seul face aux policiers, tente d’entrer dans une boulangerie, puis blesse un policier au genou avant d’être abattu.

Arnoldi mort, Fred Dramé a été condamné en juin 2011 par la cour d’assises de Bourg à vingt ans de réclusion criminelle, notamment pour complicité de tentative de meurtre sur les policiers. Bien qu’il n’ait pas tiré un coup de feu mais seulement conduit la voiture.

C’est tout l’enjeu du procès en appel. De Dramé il n’a donc pas été beaucoup question si ce n’est pour examiner brièvement son parcours de gamin bagarreur, de « vilain petit canard » en échec scolaire devenu braqueur à 18 ans en région parisienne. L’attitude d’Arnoldi a occupé tous les débats. Et celle des policiers. L’avocat général Christian Roussel a rendu hommage à leur « courage ».

Le commandant de police Navarro a évoqué leur « professionnalisme ». « Il pouvait prendre des otages », a expliqué Nicolas, le policier qui a reçu une balle au genou, pour justifier de s’être avancé face à Arnoldi pourtant armé d’un fusil-mitrailleur. « Un policier a l’obligation d’intervenir sur un délit », a résumé un avocat de la partie civile.

La défense, elle, a une tout autre lecture des événements. L'avocat de la défense Bernard Ripert est venu à la cour d’assises « pour faire du droit ». Il confronte chaque policier à ses premières déclarations le soir ou le lendemain des faits. Et il pointe les contradictions avec les déclarations à la barre. Le nombre de coups de feu entendus, le nombre de douilles retrouvées, la sensation d’avoir été « mis en joue » et visé ou non, rien ne correspond estime l’avocat grenoblois avec les constatations (et parfois leur absence) et les déclarations croisées des policiers et gendarmes. L’avocat de Fred Dramé veut démontrer que pour qu’il y ait eu tentative de meurtre, et donc complicité de son client, chaque policier devait être délibérément visé par Arnoldi, « seul victime de ce dossier », avance l’avocat.

Un peu réducteur sans doute, et surtout provocateur face à la description de « la scène apocalyptique » de cette course-poursuite comme l’a expliqué Nicolas, un des policiers, handicapé à vie et confiné dans un bureau depuis les faits.
Ses collègues aussi ont témoigné des cauchemars qui hantent leurs nuits, des conséquences sur la vie professionnelle et familiale de cette fusillade.
Tous ont dit à la barre vouloir que « justice soit faite ». Un vœu pieux sans doute, au vu de la difficulté de juger un vivant en faisant le procès d’un mort.

Article journal de l'époque

5 septembre 2008: le témoignage de cette folle intervention, par Xavier.

Le vendredi 5 décembre 2008, la vie allait changer pour plusieurs policiers de Bourg en Bresse. Vers 13 h 30, le G.S.P croisait un véhicule Audi dont les plaques d’immatriculation étaient inversées, jaune à l’avant et blanche à l’arrière.

Le véhicule de police faisait demi tour et tandis que l’Audi arrivait sur un rond-point, les individus apercevaient deux motards en contrôle routier. Ils prenaient alors la rocade et accéléraient de plus en plus, pris en compte par le GSP suivi des motards, le message ayant été passé que l’immatriculation était fausse. Arrivés à hauteur de l’Audi, les policiers apercevaient une arme de type fusil à pompe dans les mains du passager qui était visiblement grimé.

Une course poursuite s’engageait, les individus roulant de plus en plus vite, obligeant les motards à aller à 200 km/h pour assurer le suivi du véhicule. Un troisième équipage police dont je faisais partie se composait rapidement et rejoignait la poursuite. Au bout de quelques kilomètres, en pleine campagne, les malfrats percutaient un véhicule venant en sens inverse et sortaient de leur véhicule. Ils ouvraient le feu sur les motards qui devaient coucher leur moto et se protéger derrière tout en protégeant également les civils qui se trouvaient bloqués par l’accident.

Le véhicule du GSP et le mien arrivaient quasiment en même temps. Je mettais pied à terre pour aller en soutien d’un effectif GSP progressant en direction de l’Audi se trouvant coucher dans le fossé. Je n’avais pas vu l’homme au milieu de la route qui tirait sur nous, visant alternativement l’équipage GSP, le mien puis mon collègue et moi alors que nous étions à découvert le long du fossé.

J’ai dû plonger derrière mon véhicule et mon collègue dans le fossé où la terre a volé au dessus de sa tête sous l’impact des balles. Pendant que cet homme nous tirait dessus à l’arme d’épaule automatique, son complice et chauffeur lui, braquait une personne arrivant sur les lieux afin de lui voler son véhicule. Les deux individus prenaient la fuite et la chasse recommençaient avec les deux voitures de police, les motards restant quelques instants sur place pour gérer l’AVP en attendant l’arrivée des renforts police et de la gendarmerie sur les lieux.

Mon véhicule prenait la tête et les individus, lourdement armés, roulaient à tombeau ouvert sur les petites départementales, nous obligeant à atteindre des vitesses allant jusqu’à 180 km/h. Tout en essayant de nous distancer, le passager ouvrait le feu à travers la lunette arrière que nous voyions voler en éclats, prenant appui sur le dossier de son siège pour mieux nous viser.

Mon chauffeur cherchait à chaque fois à se décaler de l’axe mais la voiture nous précédent revenait toujours, cherchant l’alignement qui selon moi, servait au tireur pour nous atteindre. A cet instant, j’étais en émoi car nous roulions sur le chemin que j’empruntais tous les jours pour aller travailler, passant même devant l’école où étaient scolarisés mes enfants.

Arrivés sur la commune de Marlieux, les individus prenaient la départementale en direction de Lyon puis faisaient demi-tour pour revenir face à nous. Nous nous croisions alors comme au ralenti dans les films, et tandis que le véhicule arrivait à ma hauteur, j’ai vu la bouche noire d’un canon braqué dans ma direction. Je remercie le ciel qu’à cet instant, peut-être tout aussi surpris de la situation que moi, l’individu n’ait pas tiré.

J’annonçais à la radio « M16, M16 » pensant avoir identifié l’arme dans la main du truand, ne sachant si j’allais être entendu par le GSP ou quiconque sur les ondes. Nous reprenions pour la seconde fois cette poursuite à travers les étangs de la Dombe, rejoints par un équipage de la BT locale, les individus prenant tous les risques pour nous échapper, franchissant les lignes blanches, coupant les carrefours sans ralentir…

Tout comme moi sur la première partie du trajet, les membres du GSP présents dans le second véhicule connaissaient très bien la direction que nous prenions, Priay, direction Pont d’Ain.

Notre Acropol et sa fameuse Conf30 nous avaient lâchés à peine quitté Bourg en Bresse et ne raccrochait que partiellement. Je transmettais à l’aide de mon téléphone portable les informations au CORG 01 pendant que le GSP appelait de leur téléphone le PSIG de Bourg en Bresse. Nous annoncions notre progression, les coups de feu essuyés, la vitesse et les risques pris par les malfaiteurs.

Arrivés à Priay, notre radio de bord a craché « c’est une impasse, c’est une impasse » alors que leur voiture s’engageait Rue de la Rivière. Miracle de la technologie ou Ange gardien venu à notre rescousse. Le message émanait du GSP dont l’un des membres connaissait très bien les lieux. Les individus se retrouvaient sur un parking en bord de rivière et nous positionnions notre voiture à son entrée, le GSP derrière nous et le véhicule de la BT une centaine de mètres derrière.

Les malfaiteurs n’en restaient pas là et ne désirant pas stopper ici, ils faisaient demi-tour, passant entre deux arbres pour revenir sur nous. Ayant tous mis pied à terre, ma collègue et moi n’avons eu que le temps de sauter dans l’habitacle et de nous coucher sur les sièges, voyant le passager de la voiture sortir par la vitre ce qui s’avérerait plus tard être un AR15 calibre 222.

Nous avons entendu une série de coups de feu puis un choc immense. Les membres du GSP avaient ouvert le feu sur les malfrats voyant que nous étions dans leur ligne de mire et ces derniers étaient venus à la percussion sur le véhicule du GSP, projetant deux d’entre eux contre un mur et un grillage et prenant à nouveau la fuite non sans ouvrir le feu au passage sur les deux gendarmes plus haut dans la rue, faisant voler en éclat la custode arrière de la voiture sérigraphiée, une balle passant non loin du jeune G.A présent.

En compagnie de ma collègue, je faisais le point sur les blessés et rendais compte au CORG 01 lorsque j’ai vu repartir ma voiture avec mon chauffeur et deux membres du GPS dont l’un blessé à la main. Je laissais aux soins de ma collègue l’effectif GSP blessé et remontais en courant la rue, vérifiant au passage que nos collègues gendarmes allaient bien puis m’engageais dans la rue principale à la recherche des véhicules.

Je constatais alors que le véhicule des malfrats se trouvait abandonné en pleine voie en haut de la rue et que le nôtre, vide de tous occupants, se trouvait sur le côté de la rue. Une angoisse me saisit, ignorant où se trouvait tout le monde, suspicieux de chaque personne que j’apercevais sur le trottoir de ce village en plein préparatif du marché de Noël.

J’interpellais un riverain sur la direction de fuite des individus, s’il avait vu les policiers et il me désignait le haut de la rue, disant que les personnes avaient pris à gauche. Je repartais en courant, l’adrénaline me donnant la force de poursuivre, de ne pas lâcher et abandonner. Arrivé à l’angle des rues, la peur m’assaillit lorsque j’entendis plusieurs coups de feu et la crainte de découvrir plus loin l’un des miens au sol.

Je rejoignis mes trois collègues disposés à l’entrée de la cour arrière d’une boulangerie où les échanges de tir continuaient. Nous entendions frapper lourdement dans une porte ou un volet et pensions alors que les individus allaient chercher à entrer dans l’arrière boutique et risquaient de prendre des personnes en otage. Les bruits ont cessé et le chauffeur « malfrat », que j’avais qualifié de fantôme tellement son image était floue pour moi, prenait la fuite en sautant un grillage séparant de la maison voisine.

Alors que nous progressions dans la cour, mon binôme recevait une balle dans le genou et je l’extrayais sous le couvert des tirs du GSP, le laissant dans les mains du gendarme de la BT nous ayant rejoint. Des paroles s’élevaient du fond de cette cour, glaçantes… « Venez me chercher, j’vais vous crever ».

L’individu restant, le passager, tentait lui aussi de s’échapper en voulant franchir le grillage mais n’y parvenant pas, il revenait dans la cour, nous injuriant à nouveau ouvrant une dernière fois le feu avant de tomber sous nos tirs. Le second individu en fuite dans le village allait être recherché par les renforts PSIG et BT et le village dans son ensemble était quadrillé. Les effectifs du commissariat de Bourg-en-Bresse venus eux aussi en renfort, sécurisaient les divers sites à travers le village pour la conservation des traces et indices en attendant l’arrivée du SRPJ de Lyon, saisi par la Procureure.

Pris en charge par le PC de crise pompier mis en place, nous n’avions de cesse de nous prendre dans les bras les uns les autres, de nous embrasser et de voir que malgré les blessures reçues, nous étions tous là ensemble et que nous n’avions perdu aucun des nôtres, qu’il n’y avait pas non plus de dommage collatéral. Ce n’est plus tard dans la soirée, alors que le dispositif avait « disparu » du centre du village, que le malfrat et sa compagne venue le chercher étaient interpellés par les membres de la BRI de Lyon venus sur place.

La vie est courte et peut basculer à tout moment. Parti ce jour là pour prendre mon service, jamais je ne me serai attendu à vivre pareils moments. Ce n’est que tard dans la nuit, non sans avoir fait rassurer mon épouse par mes collègues de bureau, que je suis revenu à la maison.

La nuit était calme, étrangement calme… Quel n’a pas été mon bonheur de tourner la clé de la maison, d’entrer et d’embrasser tendrement ma femme et d’aller caresser le visage de mes enfants endormis. Un lien indéfectible m’unit depuis à chacun des policiers qui se trouvaient là ce jour là, « Brothers and sister in arms ».

Comme me l’a dit un jour un ami, il ne faut pas vivre dans son passé mais avec son passé.

Semper Fidelis



16 ans de reclusion criminelle (12 septembre 2012)

En juin 2011, au terme du procès en Assises de Bourg-en-Bresse, l'accusé Fred DRAME a été reconnu coupable des chefs d'inculpation notamment de complicité de tentative de meurtre, à 20 ans de prison.
Mais son avocat, qui au terme du premier procès aux Assises de Bourg-en-Bresse avait multiplié les incidents et interruptions de séances, avait fait appel à ce jugement.

C'est ainsi qu'en 2012, le procès s'ouvre en appel.
Quarante-cinq kilomètres de course-poursuite entre Bourg-en-Bresse et Priay, souvent pied au plancher, jusqu’à 200 km/h.Les détonations qui claquent.
La frousse d’avoir un fusil d’assaut pointé sur soi, les collègues blessés dans leur chair, la peur de mourir.

La fusillade du 5 décembre 2008 a laissé des traces chez les neuf policiers qui ont pris part à la chasse contre Alain Arnoldi et Fred Dramé qui, ce jour-là, montaient au braquage.
Le premier, le visage dissimulé sous une barbe postiche et une épaisse couche de fond de teint, n’avait pas hésité à faire parler la poudre, M16 et pistolet semi-automatique en main.
D’abord à Montracol quand les deux hommes s’étaient emparés d’une Nissan Micra, leur puissante Audi RS6 ayant versé au fossé. Puis sur les routes de la Dombes, coursés par deux motards et deux voitures de police. Et enfin à Priay, quand Arnoldi, refusant de se rendre, avait atteint au genou l’un des policiers, avant d’être abattu.

«On voulait éviter un fort Chabrol, a expliqué hier Xavier C., nous étions face à des gens déterminés, leur armement, c’était du lourd. » "Les balles sifflaient. Il visait. Il essayait de nous tuer », se souvenait Christophe F.Lionel R, lui, a livré un récit fleuve, précis: «J’étais dans le fossé quand il m’a tiré dessus. Deux balles ont sifflé au-dessus de moi et j’ai senti la terre dans mes cheveux. Ma vie a défilé. Je me suis dit “Ce soir ma femme sera veuve”.
Personne ne peut comprendre ce qu’on a vécu. J’ai fait mon devoir mais ça m’a coûté cher. Je suis flic et eux sont des gens qui nuisent à la société.»

Des récits parfois chargés d’émotion pour évoquer les copains blessés, ou Lionel R. qui est décédé depuis cette affaire. Et une même certitude partagée, celle qu’Arnoldi avait cherché à les tuer ce jour-là. Son acolyte Fred Dramé serait donc complice de tentative de meurtre.
«Des poursuites absurdes», soutient son avocat. Maitre Ripert compte chaque coup de feu, chaque douille, confronte les déclarations évolutives des policiers et en déduit qu’Arnoldi cherchait à tenir les policiers à distance, les mettait en joue, mais n’a jamais fait feu quand il aurait eu l’occasion de tuer.
Dramé, lui, cherchant juste à fuir sans jamais tirer un coup de feu et enterrant même son arme avant d’être arrêté.
Une interpellation où lui et sa compagne ont essuyé des tirs. «Et pourtant elle ne se plaint pas de tentative de meurtre », ironisait M e Ripert.

L’affaire s’annonce en tout cas délicate à juger.
Entre l’émotion légitime de ces policiers qui ont vu la mort de près, et dont la vie est bouleversée, et la nécessité pour une cour d’assises de s’en tenir à la rigueur du droit. Le verdict est attendu vendredi soir.

Article du PROGRES du 12 septembre 2012