BAND OF BROTHERS
9/11: il y a 20 ANS!

11 septembre 2001 - 11 septembre 2021

Commémoration des 20 ans des attaques du 11 septembre 2001

01 - Rencontre avec Wilton SEKZER

Article réalisé par Laurent

A travers cet article, je reviens sur l'histoire de notre rencontre avec Wilton, ce soir du 11 septembre 2001, que beaucoup ne connaisse pas ou peu.

Ce COVID aura laissé en moi une blessure qui ne s'est toujours pas refermée: cette blessure de n'avoir pas pu me rendre à New York pour honorer la mémoire de Wilton le jour de sa cérémonie, et de n'avoir pas encore cette lueur d'espoir de pouvoir m'y rendre avec certitude en septembre prochain.

J'aurai tant souhaité en faire plus avec lui.

RIP Wilton.

Laurent J. Président de l'association 911-17

Wilton SEKZER

14 MAI 2020 : WILTON SEKZER NOUS QUITTAIT

Témoignage de Laurent, Président de l’association 911-17, à l’occasion de la 1ere commémoration de la disparition de Wilton SEKZER, retraité du New York Police Department, deux fois médaillé de la PURPLE HEARTH et une fois de la Bronze Star.


Comme un triste rappel de l’histoire, ce 15 mai 2020, le temps était beau à Bordeaux, la température était idéale pour enfin profiter d’un peu de temps libre après le confinement qui nous avait tant brimé ces dernières semaines. Cette météo laissait supposer que cette journée allait être magnifique, radieuse, à l’instar du sentiment ressentis par les new-yorkais, le mardi 11 septembre 2001.

Pourtant, aux environs de 11h00, tout allait basculer. Assis sur un banc, je recevais une notification MESSENGER.


Machinalement, je pose mon café et je me souviens avoir eu un grand sourire en voyant que ce message provenait de Natasha, de New York.

Mais, en une fraction de seconde, mon sourire disparaît, se figeait, mes larmes commençaient à couler.

Je n’avais même pas encore ouvert le message, que le peu que j'avais pu lire dans la notification, venait de me pétrifier.


Je ne pouvais que lire « Hello lolo.....Wilton has....", mais je venais de comprendre.

Ne me demandez pas pourquoi, mais en une fraction de seconde, je savais.

J’allais apprendre avec effroi, la disparition de mon ami, de mon second "papa" de ma famille de cœur, Wilton SEKZER. Cette tristesse est restée ancrée en moi très longtemps pourtant soutenu avec force par ma famille, mes proches, mes amis.

Ce sentiment de haine, de colère contre le COVID qui venait de m'empêcher de me rendre à New York pour assister à la cérémonie, reste encore aujourd’hui comme une grande blessure ouverte.


D’un geste hésitant, les larmes dans les yeux, j’appuie sur mon écran pour ouvrir finalement ce message. J'en avais le souffle coupé.

Ma tête s’est mise à tourner, je ne savais plus où j’étais.

Je lisais, relisais et relisais encore le message de Natasha sans y croire : « Hello lolo.... Wilton has died. We are at apartment waiting for the body to be removed....I thought you should know. »

Je me disais que j'avais mal lu, mal traduit le message. J’ai mis, plusieurs minutes à reprendre mes esprits.

Mes larmes ne cessaient de couler. Peu importe s’il y avait des gens autour de moi. À cet instant, j’étais seul, perdu, je ressentais ce sentiment d' abandon.


Reprenant mes esprits, il fallait que je me retourne vers une personne de réconfort, je veux bien sur parler de ma mère.

Tel un petit garçon, il me fallait cette voix rassurante. Apeurée de la nature de mon appel et surtout de ma façon de parler, l’annonce de la mort de Wilton fût aussi un choc pour elle.

Pendant de très longues minutes, je ne cessai d’expliquer ce qu’il se passait, comment j’étais, que je ne voulais y croire. J'avais même l'idée de téléphoner à Natasha, mais qu'allais-je bien pouvoir lui dire dans l'état ou je me trouvais?

Rassuré par le discours maternel, je raccroche et reste ainsi, assis sur le banc, face à la Garonne, encore de longues minutes, avant de me décider à rentrer et de commencer le travail de mémoire.

Tout se chamboulait dans ma tête : Que faire ? Préparer l'hommage ? Changer le site ? Aviser les membres de l'association et mes amis qui connaissaient aussi Wilton et à qui il fallait leur apprendre la nouvelle. Par quoi commencer ?


A 17h41 (heure française) je commence officiellement la communication de l'association pour relayer le décès de Wilton. J'envoie un message de soutien et de condoléances à la famille SEKZER, par l’intermédiaire de Natasha.

En retour, le 16 mai 2020, à 17h17 (heure française) Natasha me répondait en m’expliquant, comme pour tenter de me réconforter, combien Wilton était fier et heureux de me connaître, de connaître l’association 911-17 et des membres que je pouvais lui présenter. chaque année.

Il me l'avez déjà dit un jour par ces termes : « Tu sais Laurent, j'ai une absolue confiance en toi et je sais que les gens que tu acceptes avec toi, pour la quasi majorité, sont des gens bien. » Et oui, car il ne fallait pas croire que Wilton était dupe des quelques petits soucis que j'ai pu avoir avec un ou deux participants aux délégations.

D'un œil complice il savait communiquer avec moi sur ce sujet, par un clin d'œil et un sourire en coin.

« Tout est triste d’autant plus que cela tombe en ce moment alors que nous ne sommes pas autorisés à se prendre dans nos bras en raison de la pandémie », poursuivait Natasha dans son message.


Le 17 mai 2020, par le biais d'une vidéo conférence, avec plusieurs membres de l’association ayant connu Wilton, nous avons observée une minute de silence, après avoir regardé un film d'hommage réalisé par Xavier.

Ce fût un moment très émouvant pour nous tous.


Aujourd'hui encore il m'est très difficile d'imaginer qu'à cause de la pandémie, je ne pourrai pas encore me rendre à New York pour rendre un hommage à Wilton.


Laurent

Cérémonie en hommage à Wilton SEKZER

Le 18 mai 2020, Wilton a eu droit à tous les hommages de la part de l'armée américaine, mais aussi de la part du New York Police Department, au cours de sa cérémonie.

11/09/2001, QUAND TOUT A COMMENCE.

Tout comme Natasha qui avait tenu à comprendre comment nous nous étions connu avec Wilton, peut-être que certains d'entre vous se posent aussi la même question. Avec cette première commémoration, l'heure est venue d’expliquer comment les terribles événements du 11 septembre 2001, ont fait de notre relation entre Wilton et sa famille, une relation intense, forte et si importante à mes yeux.

Au soir du 11 septembre 2001, je me suis connecté à Internet, à la recherche de contacts policiers de la ville de New York, au moyen de ce qui nous servait de réseaux sociaux à l’époque, les salons de discussions d’AOL, l’un des opérateurs internet.

Il était 22 heures en France, 16 heures, heure américaine. D’une quinzaine de contacts retrouvés dans le salon "NYPD" si je ne m'abuse, aux environs de minuit, un contact sortait du lot avec une personne répondant sous le pseudo "ProudPD", et vous l'aurez donc compris, il s'agissait de Wilton.

A cette époque, l'anglais et moi nous n'étions pas les meilleurs amis. Il fallait d'abord que je traduise le message de Wilton, avant que je ne m'aventure à répondre quelques mots en anglais, dictionnaire Français-anglais à coté de moi. Chose amusante d’ailleurs, j’ai retrouvé il y a quelques jours, ce dictionnaire dans mes cartons, et beaucoup de souvenirs me sont alors remontés en tête. En fait, à chaque fois que Wilton écrivait un message, je lui répondais : "Wait, please, translation".

Je me disais que cela allait l'agacer de voir que notre conversation était au final confrontée à cette barrière importante de la langue. Pour autant, il est resté avec moi, jusqu'au bout de la nuit. Depuis ce soir du 11 septembre 2001, nous ne nous sommes plus quittés.

Et pourtant, j'étais loin d'imaginer ce soir là, que Wilton en fait, souffrait en tant que père. Je ne savais pas qu'un de ses fils, était victime de l'effondrement des tours jumelles du World Trade Center, plus précisément la tour Nord, bloqué en son sommet. Jamais, au cours de notre conversation, Wilton n'avait évoqué la présence de Jason dans la tour Nord. Il m'expliquait la situation, il m'expliquait que de nombreux policiers était portés manquants, tout comme de nombreux pompiers comme de civils, mais jamais il ne me parla de Jason.

Lors de notre discussion, les attaques venaient de se dérouler environ 10 heures auparavant et je ne cesse de me dire aujourd'hui, que de parler à un étranger, policier comme lui l'était, lui a peut être procuré une pause dans cette angoisse de se demander si Jason était toujours vivant, et si oui, ou était-il?

Notre conversation lui a peut-être permis de s'évader un peu dans l'enfer des événements, ou du moins, c'est ce que je me rassure à dire.

Jason était Vice-Président dans la compagnie de courtage CANTOR-FITZGERALD, dans la tour Nord du World Trade Center.

LA PREUVE

En Octobre 2001, nous avions eu une grande discussion avec Wilton sur la manifestation des policiers français suite au drame du Plessis Trevise, où deux de nos collègues, Yves MEUNIER et Patrick LEROUX avaient été abattus froidement par Jean Claude BONNAL au cours d'un cambriolage.

A cette époque, des milliers de policiers avaient manifesté et défilé à Créteil pour dénoncer cet assassinat et demander aux politiques de réagir, mais aussi pour demander des moyens de protection personnelle :sachez-le, le port individuel du gilet pare-balle, tel que nous le connaissons aujourd'hui, fut le résultat de ce mouvement auquel j'avais participé.

Mais comme évoqué tout à l'heure, j'étais loin de connaître la réalité à laquelle Wilton était confronté. Wilton était comme cela : jamais il ne se plaignait, jamais il ne s’apitoyait sur son sort. Wilton devait attendre une réponse positive de la part des autorités, réponse qui malheureusement n'arrivera jamais.

Quelques jours plus tard, Wilton m'annonça cette terrible nouvelle : les autorités de New-York venaient officiellement d' ajouter Jason en tant que victime des attaques du 11 septembre.

Dans un prochain article, je reviendrai sur les recherches ayant permis de prouver et comptabiliser la présence des victimes parmi les débris du World Trade Center.

Une phalange, c'est uniquement une phalange de Jason qui a été retrouvée dans les décombres et, comparée avec l'ADN des disparus, il y avait eu MATCH. L’effondrement des tours jumelles avait désintégré ces milliers de pauvres victimes innocentes.

A la lecture de son message, je restais de longues minutes me demandant : "qu'est-ce que je peux répondre à cela !". D'autant plus qu'il fallu que je réponde en anglais, la barrière de la langue était aussi un frein à une réaction spontanée. Pour autant, avec mon dictionnaire, j'avais pu, quelques minutes plus tard lui répondre. Voyant mon message minimaliste, ce dernier a certainement été très bien perçu quand même.

De semaine en semaine, nos discussions s'étaient un peu espacées, mais toujours aussi sincères et franches.

Lorsque je lui avait annoncée l'opération que je venais de lancer sur le département des Hauts-de-Seine, opération de soutien que j'avais réalisé sans l'aide d'une association internationale que j'avais contacté à l'époque et ne m'ayant montré que peu d’intérêt, Wilton s'est montré ravi.

UNE RENCONTRE INTIMIDENTE

L'opération avait reçu le succès escompté avec de nombreux messages que nous avons envoyés aux autorités de NYC.

Invité à venir les rencontrer si un jour je venais à me rendre à New York, en septembre 2002, je m'envolais vers New York, pour rencontrer nos homologues, mais surtout rencontrer enfin Wilton.

Ma première rencontre avec Wilton fût assez intimidante en fait. A l'époque, pour loger à New York, j'avais trouvé une auberge de jeunesse à Manhattan, le Chelsea Center Hostel.

Je me souviens que je devais téléphoner à Wilton pour organiser notre rencontre et je me souviens que çe fût pour moi une véritable « torture ».

Déjà, de ne pas pouvoir parler anglais était un très sérieux handicap, mais en plus, vous allez devoir utiliser le téléphone public, dans le bruit de la rue, sans pour autant entendre votre interlocuteur, allait être une complication sans nom. Et cela l'a été ! Le son était très mauvais et je me souviens avoir du faire répéter Wilton à de nombreuses reprises ses propos. Aujourd'hui, j'en rigole, mais à l'époque je n' étais pas fier. Je me disais que Wilton, devait sûrement être agacé, mais il trouvait pourtant le temps, le moyen, de se faire comprendre en parlant plus lentement et un utilisant quelques mots simples.

Un matin de septembre, nous nous étions donné rendez-vous à l'auberge de jeunesse. Je me souviens encore de sa réaction, quand, garé devant l'auberge, il m'attendait dehors et me posa cette question: « C'est ici que tu dors ? », interloqué par la façade, somme toute abîmée, de l'établissement.

A cette époque, Wilton pouvait encore conduire, et c'est à bord de sa voiture qu'il m'emmena dans un premier temps, autour de Ground Zero, pour me montrer, un an après les attaques terroristes, le site, et surtout l'endroit où se dressaient les tour jumelles, dont la tour Nord où Jason est mort. Nous sommes restés plusieurs minutes à l'angle de la rue Washington Street, angle Vesey street, avant de partir vers le Pier 17, aujourd'hui complètement reconstruit suite à sa destruction lors de l’ouragan Sandy en 2012.

Et je reconnais bien la, l'esprit et le sens de l'organisation de Wilton. Il avait demandé à sa voisine, Farah, étudiante sachant parler français, de se joindre à nous pour le repas de midi, pour servir d’interprète. Farah m'avoua alors que le problème de la langue était effectivement difficile pour Wilton, mais que quelque chose le poussait à continuer cette relation naissante. Et aujourd'hui je le remercie de cela.

De tous les contacts que j'avais pu avoir au soir du 11 septembre 2001, seul Wilton restait.

En juin 2005, c'est avec plaisir que j'ai enfin pu faire la connaissance de Evelyn, l'épouse de Wilton. Aujourd'hui j'ai aussi une forte pensée pour Evelyn, Marc.

WILTON SEKZER ET SON ROLE PRIMORDIALE POUR L'ASSOCIATION 911-17

En mai 2003, j'organisais la première délégation pour aller à la rencontre de nos homologues du New York Police Department.

Wilton avait pris son rôle très à cœur et nous avait organisé une rencontre avec le chef du personnel des effectifs du New York Police Department, en la personne de Monsieur PINEIRO Raphael.

Et j'ai toujours en mémoire cette anecdote, qui caractérisait Wilton. Wilton aimait bien s'amuser, Wilton aimait bien plaisanter.


Nous voici donc arrivés à l'étage de Monsieur PINEIRO, au One Police Plaza, en tenue d'honneur et nous avions été mis en attente dans une pièce tandis que Wilton, en costume cravate, s'amusait avec nous.

Depuis peu, il fallait le savoir, Wilton était officiellement en retraite de la police de New York et visiblement, il n'avait jamais eu l'honneur de rencontrer le chef du personnel, Monsieur PINEIRO.

Ce dernier arrive alors et Wilton n'avait pas prêté attention à son entrée dans la pièce.

Monsieur PINEIRO avait cette attitude simple bien qu'occupant un haut poste au sein de la police de New-York.

Wilton se retourne, et constatant la présence de Monsieur PINEIRO dans la pièce, il alla vers lui, en lui tapotant sur l'épaule et lui demandant comment il allait, tout en lui serrant la main.

Monsieur PINEIRO était aussi comme cela. Calme, compréhensif et amusé de la situation.

Wilton croisa alors le regard du secrétaire de Monsieur PINEIRO qui venait de lui faire vite comprendre à qui il venait de taper sur l'épaule.

J'entends encore son expression « oh, oh, oh...., i am sorry ». Il se confondit en excuse, Monsieur PINEIRO, lui, souriait de la situation.

Je dois dire que moi aussi d'ailleurs, je souriais intérieurement de voir l'attitude de Wilton qui réagissait toujours sur le ton de l'humour. D'ailleurs cette anecdote, Wilton aimait bien la raconter aux futures délégations ou à ses amis, au cours de repas organisés. Wilton était comme cela, il savait s'amuser, il savait être amusant, mais par contre il était très exigeant envers lui même, sa famille, son travail.

Wilton, en 2003, avait souhaité se retrouver avec moi en patrouille organisée « ride along », car il souhaitait me protéger, surveiller les collègues avec qui j'étais, pour que je puisse passer une bonne patrouille, mais surtout, pour me servir de traducteur, chose qui était fort nécessaire à l'époque.


Malheureusement la santé de Wilton devenait quelque peu fragile, d'année en année. Souffrant d'un diabète à un stade avancé et était physiquement touché. Les dernières années, Wilton ne se déplaçait plus qu'en fauteuil roulant, la station debout lui étant devenue si difficile et impossible.

Tous les ans, une délégation était formée pour aller à New York durant 10 jours.

Notre présence, procurait à Wilton un réel plaisir, une immense fierté de voir que des policiers étrangers, ont traversé l'Atlantique pour venir se recueillir au cours de la commémoration du 9/11 mais aussi en hommage à son fils.

Juste après son décès, Marc, son deuxième fils, m’expliquait dans un échange que nous avions eu, que chaque année, lors de l'organisation du repas du 11 septembre, une question revenait en boucle : « Et Laurent, il faut savoir avec combien de policiers il va venir cette année. Il faut le savoir.» demandait-il.

Je me souviens que j'étais souvent gêné de répondre à Wilton, car je savais que les délégations annuelles étaient souvent nombreuses et que je savais qu'il allait offrir à tout les participants ce repas autour de sa famille et de ses amis. Mais Wilton était comme cela.

En échange j'ai décidé d'organiser en retour ce que nous avons appelé « Le repas de l'au revoir », où étaient invités Wilton, son épouse Evelyn, Marc son fils et Natasha, la veuve de Jason en compagnie de la délégation.


En septembre 2019, Wilton, dans son discours lors du repas organisé au restaurant après la commémoration du 11 septembre avait terminé par ces mots : « ...et je vous le dis, à l'année prochaine.»

Nous étions le 11 septembre 2019...

"Je disais aux gens que Dieu m'a honoré avec l'un des meilleurs fils que quelqu'un puisse avoir. Alors pourquoi il me l'a repris?, Je ne sais pas." avait déclaré Wilton SEKZER.

"Je vais attendre de mourir, alors à cet instant, je pourrai lui demander pourquoi."