LA FRANCE ATTAQUEE

ATTAQUE DU JOURNAL CHARLIE HEBDO

Hommage à Franck BRINSOLARO, fonctionnaire de police, assassinée en service le 7 janvier 2015

FRANCK BRINSOLARO

Durant 3 jours, la France a vécu sous le coups d'attaques terroristes d'envergures.
Le 7 janvier, deux policiers ont été abattus lors de l’attaque du journal Charlie hebdo, Franck BRINSOLARO et Ahmed MERABET.
Le 8 janvier, Clarissa JEAN-PHILIPPE, policière de la Police Municipale de Montrouge, est abattue alors qu'elle intervenait sur un accident de la circulation.

Hommage à Franck BRINSOLARO, abattu en service le 7 janvier 2015 dans le journal CHARLIE HEBDO

Franck BRINSOLARO

“C’est mon héros”, dit de lui son fils Kevin, devenu policier à son tour, mû par un “déclic” après le 7 janvier 2015.
Ce jour-là, son père adoré, Franck BRINSOLARO, est mort transpercé par les balles de kalachnikov des frères Kouachi, qu’il a pourtant tenté de neutraliser à la seconde précise où ces terroristes cagoulés ont fait irruption dans la salle de rédaction de Charlie Hebdo.
L’instant d’avant, Franck BRINSOLARO, chargé d’assurer la protection de Charb, venait de percevoir le bruit sec d’un coup de feu, pourtant pas très audible derrière la porte capitonnée.
Aussitôt, Franck s’est saisi de son arme. “Il nous a dit de ne pas bouger de façon anarchique” se souvient Sigolène Vinson, l’une des survivantes du massacre.
Puis, les terroristes ont surgi, tiré, et le pistolet de Franck BRINSOLARO n’a pas suffi à les stopper : derrière leurs gilets tactiques, leurs fusils d’assaut crachaient déjà du feu.
Franck BRINSOLARO est mort en mission, à 48 ans.
Il avait deux enfants.

Ingrid Brinsolaro, ne décolère pas contre ceux qui ont allégé, quelques semaines avant l’attentat, le dispositif policier qui stationnait en permanence au pied de l’immeuble, en appui des deux policiers affectés à la protection de Charb.
Ce 7 janvier 2015, quand les terroristes ont attaqué, Franck Brinsolaro était seul, son collègue étant brièvement parti s’acheter à manger.
Franck Brinsolaro à son début de carrière est affecté à la protection de l’ambassade de France à Phnom Penh où il fait face à une mission périlleuse : l’exfiltration d’une trentaine de ressortissants français qui s’étaient réfugiés dans l’ambassade lors du coup d'état en 1997.
Ce n’est pas sa première opération délicate, loin de là.
L’année d’avant, en 1996, Franck Brinsolaro avait évacué quarante-six Français exposés aux tirs de Taliban à Kaboul, où il était chargé de protéger l’ambassadeur, Bernard Bajolet, devenu par la suite le chef de la DGSE.

Presque dix ans plus tard, autre opération à haut risque et réussie : le sauvetage de trente-cinq enfants menacés par des combats avec les rebelles en République Démocratique du Congo.
Avant Kinshasa, Phnom Penh et Kaboul, il y avait eu aussi le Kosovo et souvent le Liban.
Beaucoup de pays en crise ou en guerre, ce qui n’effrayait pas Franck Brinsolaro, au contraire et il n'en tirait aucune gloire, ne s’épanchait pas, ni ne s'en vantait.
Franck Brinsolaro était un “taiseux, humble, il ne se mettait jamais en avant, sauf quand ça chiait” résume Jean-Loup son ancien collègue.

Ensemble, ils avaient aussi protégé des juges antiterroristes dont les cabinets étaient regroupés dans la galerie St Eloi du palais de justice de Paris, où chaque magistrat a son ange gardien.
Franck Brinsolaro a été celui de Marc Trévidic, qui se souvient : “il a été le chef de ma “protec” à partir de 2006. Un policier très réservé, très fin, cultivé, très professionnel, et qui adorait les voyages.” Partout où Franck l’accompagnait, le juge Trévidic savait qu’il avait avec lui un protecteur sur qui compter.
Parmi ses souvenirs les plus marquants, le Liban, en plein chaos, “avec des snipers”, et le Rwanda “où les coups pouvaient venir de n’importe où, après trois ans de rupture diplomatique, on était pas vraiment très rassurés, et Franck a parfaitement géré”.
Le Rwanda, Marc Trévidic y enquêtait sur l’attentat qui a déclenché le génocide de 1994.

Le climat y était si électrique que le juge avait dû mener ses interrogatoires au Burundi, dans une maison sécurisée où les officiers rwandais arrivaient en hélicoptère.
Après les interrogatoires, le policier et le juge étaient allés se balader dans des champs de thé à perte de vue, visiter un village de pygmées, et un orphelinat avec “des grappes d’enfants autour de Franck, il était heureux”.
Franck qui restait concentré sur tous les dangers et avait ses astuces, comme “ne pas monter dans les voitures officielles blindées qui viennent vous chercher à l’hôtel ; il était du style à préférer les petites bagnoles toutes pourries” pour passer inaperçu, témoigne le juge Trévidic, admiratif et reconnaissant.

Protéger les autres du danger, assurer leur sécurité, était une vocation pour Franck Brinsolaro, assure son frère jumeau, Philippe, lui-même devenu policier, actuellement commandant de police à Marseille, à la tête d'un Groupe de Sécurité de Proximité.
Philippe Brinsolaro, qui a dans son bureau un immense photo de son jumeau et une copie de la plaque “place Franck Brinsolaro”, se souvient que Franck avait séché la fin de la terminale et le baccalauréat pour s’inscrire en catimini au service militaire dans la gendarmerie.
Finalement, il opte pour l’uniforme de policier.
Franck Brinsolaro a vingt ans.
Il devient gardien de la paix en police secours, puis est affecté à la BAC (Brigade Anti Criminalité) dans le 93, avant de débuter ses premières missions à l’étranger, d’abord au service de protection des hautes personnalités (devenu le SDLP).

Sa mission à Charlie Hebdo, Franck Brinsolaro n’en avait presque jamais parlé à son frère Philippe.
“Peut-être avait-il davantage confié ses craintes à ma mère, dont il était très proche. Elle s’inquiétait."
Mais je pense que Franck percevait cette mission comme une mission classique.”
Une mission à haut risque malgré l’apparent train-train parisien, lui avait rappelé le juge Trévidic qui avait bu un café avec lui quelques semaines avant l’attentat.
Ils avaient parlé ensemble de la protection allégée, “une erreur, le danger a été sous-évalué” assure le magistrat qui avait redit à Franck que depuis 2013, Charb était la cible d’une “fatwa plus plus”.

Franck Brinsolaro, le discret valeureux, aimait aussi lire, courir et fumer cigarette sur cigarette: “Dès qu’il avait cinq minutes, il en allumait une", assure Jean-Loup.
Et Franck adorait les motos: “Il les achetait, les revendait, en rachetait, surtout les Harley Davidson”, sourit son fils Kevin, qui partage la même passion des deux-roues, pour l’éternité désormais.
Kevin Brinsolaro va bientôt être papa et rêve de partager avec son enfant la même relation de “complicité, sans tabou” qu’il a toujours eue avec son père, son héros.
Philippe Brinsolaro, l’oncle de Kevin et frère jumeau de Franck voudrait que “la société n’oublie pas que tous les jours, y a des gens comme mon frère qui sont prêts à faire le don de leur vie pour protéger la République”.
Il se souvient de ce 11 janvier 2015, le jour de leur anniversaire, avec son frère : “Ce jour-là, les policiers ont été applaudis, et pour lui, ça aurait été une satisfaction.”
Philippe Brinsolaro se console à demi avec cette certitude : “Si Franck avait été rescapé, survivant de ce massacre, il ne se serait jamais remis de voir qu’il n’avait pas pu mener sa mission de protection jusqu’au bout. Il vivait pour sa mission.”

Information provenant de l'article de France Inter du 18 août 2020